L’impact des activités de recherche sur la température corporelle du chien

Quand on pratique le nosework, le mantrailing ou toute autre activité de recherche ludique avec son chien, on remarque souvent les mêmes choses après une séance : le chien halète beaucoup, paraît très fatigué, récupère parfois lentement et semble avoir fourni un effort important… et souvent cela nous surprend car on a une image très “soft” de ces activités de recherche.

Mais les données scientifiques récentes montrent qu’elles représentent en fait une véritable charge physiologique. Plusieurs équipes se sont intéressées à la température corporelle des chiens de travail pendant des activités de détection, de recherche de personne disparue (décombre, avalanche etc) ou de recherche opérationnelle sens large. Et les résultats sont particulièrement intéressants pour tous les pratiquants, même à titre sportif.

La recherche augmente la température corporelle

Toutes les études publiées sur le sujet arrivent à la même conclusion : les activités de recherche entraînent une augmentation significative de la température corporelle du chien. Et pas juste “un peu”, mais souvent de plusieurs degrés !

Cela peut sembler surprenant, surtout lorsqu’on compare le nosework à des sports plus physiques comme l’agility, le canicross ou le troupeau. Pourtant, le travail olfactif mobilise énormément de ressources physiologiques. Le chien doit se déplacer, analyser des odeurs en permanence, gérer sa respiration, maintenir une forte concentration et prendre des décisions rapidement. Cette combinaison crée une dépense énergétique importante, même lorsque l’activité paraît “calme” vue de l’extérieur.

L’équipe de Fernandez et al. (2024) insiste d’ailleurs sur ce point : le travail de détection n’est pas seulement une activité cognitive. Il s’agit aussi d’un effort physiologique important qui influence directement la thermorégulation du chien.

tableau sur l'impact des activités de recherche sur la température du chien

Impact de la recherche sur la température corporelle du chien, quelques études clés. (NB : Le design du tableau a été soutenue par IA)


Le froid ne protège pas de l’augmentation thermique

L’un des résultats les plus surprenants concerne les chiens travaillant en conditions hivernales.

Dans l’étude de Diverio et al. (2016), des chiens d’avalanche ont été monitorés sur des recherches par des températures comprises entre −8,5 °C et −10,4 °C. Malgré ces conditions particulièrement froides, leur température corporelle a augmenté de manière significative après seulement une dizaine de minutes de recherche.

Autrement dit, le froid ne suffit pas à empêcher l’augmentation de température liée au travail olfactif. La hausse thermique n’est donc pas uniquement liée à l’effort musculaire ou à la météo. L’excitation, la concentration et le traitement sensoriel lui-même jouent probablement un rôle majeur.

Ce point est particulièrement intéressant pour les pratiquants de nosework en hiver : on peut penser qu’il existe peu de risque thermique lorsqu’il fait froid, mais les études nous montrent que le chien continue malgré tout à subir une charge thermique importante pendant la recherche.

Le pic thermique est atteint post-exercice

Toutes les études que j’ai consultées indiquent que la température corporelle continue à augmenter plusieurs minutes après la fin du travail. Le pic thermique n’est pas atteint pendant la recherche, mais après !

Concrètement, cela signifie qu’un chien peut avoir terminé son activité, mais son organisme continue encore à accumuler de la chaleur. Ce phénomène est particulièrement important à connaître pour l’organisation et la surveillance post-recherche, et notamment pour les conducteurs qui replacent immédiatement leur chien en voiture ou en kennel après une séance.

Les chiens de recherche peuvent dépasser 40 °C

Plusieurs publications montrent que les chiens de travail atteignent régulièrement des températures corporelles supérieures à 39,5 °C, et parfois même plus de 40 °C. C’est souvent en partie lié à la durée de la recherche et aux conditions climatiques (Slotta-Bachmayr et al. 2024, Niedermeyer et al. 2020). Mais pas que ! Dans l’étude de Baker et al. (2020), portant sur des chiens de détection de restes humains, certains chiens ont dépassé les 40 °C après seulement 10 à 20 minutes de recherche. Pourtant, les conditions extérieures restaient relativement modérées, entre 21 et 26 °C.

Je le cite par honnêteté intellectuelle, mais ne le prenez pas comme une excuse pour pousser mémé dans les orties… : les chiens qui ont atteint plus de 40°C lors des études … vont bien !

Par exemple, il est indiqué dans Niedermeyer et al. (2020) que certains chiens ont dépassé temporairement les 41 °C, voire 42 °C, sans présenter immédiatement de signes cliniques de coup de chaleur. Les auteurs expliquent qu’il faut distinguer deux phénomènes :

  • l’hyperthermie physiologique liée à l’effort ;

  • et le véritable coup de chaleur pathologique.

Chez des chiens entraînés et correctement préparés (j’insiste sur ce point !), l’organisme peut parfois tolérer temporairement des températures très élevées pendant l’activité. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il n’existe aucun danger, ni que ces températures sont anodines. Les chercheurs rappellent au contraire l’importance du refroidissement, de l’hydratation et de l’adaptation du travail aux conditions extérieures.

Mais oui, certains chiens de travail peuvent atteindre des températures impressionnantes sans s’effondrer immédiatement. Ceci dit, mieux vaut de pas jouer avec ça avec nos chiens de sport et de compagnie, le jeu n’en vaut pas la chandelle !

La récupération : un aspect sous-estimé

Selon les études, le retour à une température normale post-recherche peut prendre :

  • plusieurs dizaines de minutes ;

  • une à deux heures ;

  • voire davantage lorsque les conditions sont très chaudes ou lorsque les journées de travail s’enchaînent.

Les conditions climatiques et la durée d’activité influencent la récupération thermique. Dans l’étude de Diverio et al. (2016), les chiens d’avalanche ont retrouvé des valeurs proches du repos environ deux heures après leur entrainement (et pourtant, avec des températures négatives).

Dans les travaux de Slotta-Bachmayr et al. (2024), les chiens ont évolué par des conditions pouvant atteindre 30 °C, et sur des longues durées d’activité (30min à 3h avec des pauses). Les auteurs ont observé des températures corporelles très élevées, mais surtout une récupération incomplète après plusieurs jours consécutifs de travail (et un impact significatif dès le second jour). Pour résumer, certains chiens ont montré une élévation de température significative encore 24h après l’entrainement.

Cette notion d’accumulation thermique est à prendre en compte : si chien travaille plusieurs jours d’affilée sous forte chaleur, la récupération entre les sessions peut devenir insuffisante. La température corporelle peut alors rester légèrement élevée d’un jour à l’autre.

Pour conclure, prendre en compte la météo et les activités de la veille, ou même de la semaine, devient essentiel si on se préoccupe du bien-être du chien.

Ce que cela induit pour notre pratique du nosework

Même si ces études concernent des chiens militaires ou opérationnels, les mécanismes physiologiques restent les mêmes pour les chiens pratiquant le nosework de loisir. Certes, je le concède, a priori avec un moindre degrés d’intensité, mais également avec des chiens souvent moins préparés physiquement, de type, d’âge et de capacités très variées.

Elles nous rappellent avant tout que le travail olfactif d’une recherche est physiquement exigeant. Même lorsqu’un chien ne court pas énormément, il fournit un effort important sur le plan physiologique.

Elles nous indiquent aussi que “même” les séances de courtes durée (10min) ne sont pas forcément anodines. Un chien motivé, très excité ou travaillant dans un environnement chaud peut voir sa température augmenter rapidement en seulement quelques minutes d’activité.

Mais surtout, ces études soulignent un point essentiel : la récupération ne commence pas instantanément à l’arrêt de l’activité. La température corporelle continue à augmenter plusieurs minutes après la fin de la recherche, et la décroissance peut être longue (plusieurs heures suivant les situations étudiées). Autrement dit, le moment où le chien retourne en voiture, en caisse ou se repose à l’ombre n’est pas forcément le moment où son organisme commence immédiatement à refroidir. Au contraire, la température peut encore continuer à monter pendant plusieurs minutes, même avec des températures moyennes (autour de 20°C).

Cela implique qu’il est particulièrement important de surveiller les chiens après l’effort, et pas uniquement pendant la séance.

Un chien qui semble “aller bien” juste après une recherche peut en réalité être encore en phase de montée thermique.

Les études menées en climat chaud montrent également l’existence d’effets cumulatifs. Lorsque les séances s’enchaînent, surtout sur plusieurs jours, la récupération peut devenir incomplète. En pratique, cela signifie que la gestion du cumul des activités et de la récupération fait pleinement partie du travail de recherche. Les pauses, l’accès à l’eau, l’ombre, la ventilation et l’espacement ou l’annulation des entrainements ne sont pas des détails de confort : ce sont de véritables outils de prévention et de bien-être.

Ces recherches nous rappellent finalement qu’un chien de nosework peut être fortement sollicité sans que cela soit toujours visible immédiatement. Alors à nous d’anticiper et de prêter attention au bien-être de nos partenaires de sport canin !


Bibliographie

Baker, J., DeChant, M., Jenkins, E., Moore, G., Kelsey, K., & Perry, E. (2020). Body temperature responses during phases of work in human remains detection dogs undergoing a simulated deployment. Animals, 10(4), 673. https://doi.org/10.3390/ani10040673‍ ‍

Diverio, S., Barbato, O., Cavallina, R., Guelfi, G., Iaboni, M., Zasso, R., Di Mari, W., Santoro, M. M., & Knowles, T. G. (2016). A simulated avalanche search and rescue mission induces temporary physiological and behavioural changes in military dogs. Physiology & Behavior, 163, 193–202. https://doi.org/10.1016/j.physbeh.2016.05.006‍ ‍

Fernandez, E. J., et al. (2024). Physiological and behavioral considerations in canine scent detection work. PLOS ONE. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0306817‍ ‍

Gazit, I., Terkel, J., & Novikov, A. (2003). Explosives detection by sniffer dogs following strenuous physical activity. Applied Animal Behaviour Science, 81(2), 149–161. https://doi.org/10.1016/S0168-1591(02)00274-5‍ ‍

Menchetti, L., et al. (2022). How do avalanche dogs (and their handlers) cope with physical exercise?Animals, 12(2), 168. https://doi.org/10.3390/ani12020168‍ ‍

Niedermeyer, J. A., Hurst, V., & Parker, H. G. (2020). Exercise-associated hyperthermia in working dogs. Frontiers in Veterinary Science, 7, 292. https://doi.org/10.3389/fvets.2020.00292‍ ‍

Slotta-Bachmayr, L., et al. (2024). Effects of hot environmental conditions on search dog physiology and recovery. Animals, 14(17), 2456. https://doi.org/10.3390/ani14172456‍ ‍


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