J’ai écouté pour vous : Le podcast HITS K9 Radio avec le Dr. Lauryn DeGreeff (Chimie des odeurs & Détection)

J’ai récemment re-écouté un épisode du podcast HITS K9 Radio, animé par Jeff Meyer, dans lequel il échange avec le Dr. Lauryn DeGreeff, docteure en chimie médico-légale et chercheuse au Naval Research Laboratory à Washington.

Le Dr. DeGreeff étudie le comportement des odeurs en lien direct avec l’olfaction canine et ses applications pour la détection opérationnelle. Elle apporte un regard scientifique rigoureux pour expliquer ce qui se passe réellement au niveau moléculaire sur le terrain, loin des explications approximatives qu'on entend parfois.

Cet échange est intéressant pour quiconque pratique le nosework ou la détection : il permet de mieux comprendre pourquoi certaines cibles sont naturellement difficiles à localiser, comment la température et les surfaces modifient la disponibilité de l’odeur, et pourquoi elle évolue avec le temps.

Son message central fait écho à ce qu'on observe en pratique : dans la majorité des cas, ce n'est pas le chien qui est en échec, c'est l'odeur qui suit des lois physiques plus complexes que ce à quoi on s’attendait...

Voici 5 points clés que j’ai extrait de cette écoute et que je voulais partager avec vous.

1. Pourquoi certaines odeurs sont plus faciles à détecter : la pression de vapeur

Le chien ne sent pas directement un solide ou un liquide : ses récepteurs ne captent que les molécules qui se déplacent dans l'air sous forme gazeuse (vapeur). Deux facteurs principaux expliquent pourquoi certaines odeurs se détectent plus facilement que d'autres :

  • La pression de vapeur (propriété physique) : c’est la capacité d'une matière solide ou liquide à générer une concentration de molécules volatiles dans l'air à une température donnée.

    • Forte pression de vapeur : la matière libère beaucoup de molécules dans l'air (odeur très disponible, détectable de loin).

    • Faible pression de vapeur : la matière libère très peu de molécules (moins d'information olfactive disponible dans l'environnement, les informations les plus nettes se trouvant plutôt à proximité de la source).

  • Le seuil olfactif (sensibilité du chien) : c'est la quantité minimale de molécules nécessaire pour que le chien perçoive l'odeur. Ce seuil varie selon les molécules (ex. très bas pour l'ammoniac de l'urine), les races et les individus.

Ce que ça change sur le terrain : La difficulté d'une recherche dépend en partie de la volatilité de la source utilisée. Un matériau à faible pression de vapeur nécessitera plus de travail de détail et que le chien passe assez près de la cache pour la percevoir correctement.

2. Température et surfaces au sol

On pense souvent que les températures très basses empêchent la perception des odeurs et que la chaleur facilite systématiquement la détection. Le Dr. DeGreeff nous rappelle que la réalité physique est bien plus nuancée. Chaque situation a ses avantages et ses inconvénients :

  • Par temps chaud : La volatilité augmente et davantage de molécules sont libérées (le chien capte l'odeur de plus loin), mais la chaleur accélère la dispersion et les flux de convection, ce qui rend la localisation exacte de la source plus complexe.

  • Par temps froid : Les températures basses gardent le panache plus proche du sol, et aident à le stabiliser à proximité de la source. Mais le froid diminue la quantité de molécules émises : le panache est moins disponible à distance.

  • L'effet des surfaces que rencontre le panache : Une surface naturelle (comme l'herbe) retient et piège les molécules bien mieux et plus longtemps qu'une surface plus lisse (bitume, parking).

Ce que ça change sur le terrain : Il ne faut pas se limiter aux entrainements dans des conditions qu’on juge idéales. Tout n’est pas toujours blanc ou noir ! Par contre il faut avoir conscience que certaines choses peuvent avantager ou désavantager votre chien sur certaines parties de la recherche.

3. L'odeur évolue avec le temps : apprendre au chien à généraliser

La composition d'une odeur n'est pas figée dans le temps : dégradation chimique naturelle, contaminations lors des manipulations, impact des matériaux en contact (vaisseaux, stockage…), variations de fabrication d'un fournisseur à l'autre… La source s’altère et la signature olfactive peut être modifiée. Dr. DeGreeff cite par exemple le HMTD, un explosif artisanal, qui prend une odeur de poisson en vieillissant).

Pour que le chien soit fiable, il ne doit pas apprendre une odeur unique et parfaite, mais un profil olfactif global.

Ce que ça change sur le terrain :

  • Variez l'âge de vos sources (temps de pose, âge de préparation).

  • Changez régulièrement les contenants et les vaisseaux utilisés

  • Jouez avec le matériel d'autres équipes pour éviter que votre chien ne s'habitue exclusivement à votre propre matériel.

4. Pourquoi des odeurs trop fortes peuvent compliquer le travail du chien

On a parfois tendance à augmenter la concentration des sources en pensant aider le chien, mais une concentration excessive présente plusieurs limites :

  1. L'adaptation des récepteurs olfactifs : Une trop forte concentration inonde et sature les récepteurs du chien (effet de fatigue sensorielle passagère).

  2. La difficulté de localisation : Quand tout l'environnement est saturé de molécules, le gradient de concentration est beaucoup moins net et remonter précisément à la source devient paradoxalement beaucoup plus complexe.

  3. La gamme de concentration apprise et l'effet de l'emballage : Si un chien n'a été entraîné que sur des sources de faible concentration, une concentration massive peut le perturber. Mais en réalité, même une source volumineuse sur le terrain est généralement emballée et confinée : la concentration de molécules qui s'en échappe dans l'air reste faible, ce qui correspond bien à la gamme de concentration travaillée à l'entraînement.

Ce que ça change sur le terrain : Variez les concentrations utilisées, mais ne poussez pas volontairement vers les sources plus intenses (plus de cotons etc…) en vous disant que cela va aider le chien. C’est toujours intéressant d’apporter de la variabilité, mais “beaucoup” d’odeur n’apporte que peu d’avantages.

5. Chiens et détecteurs électroniques : sensibilité et sélectivité

Au sein du Naval Research Laboratory, le Dr. DeGreeff travaille aux côtés d'équipes qui développent des capteurs électroniques. Elle rappelle que les instruments technologiques peinent à égaler le système olfactif canin sur deux aspects fondamentaux :

  • La sensibilité : Le chien est capable de percevoir des concentrations extrêmement faibles de molécules, souvent bien inférieures aux seuils de détection des machines actuelles.

  • La sélectivité : Dans un environnement réel saturé de bruits de fond et de polluants divers, le chien réussit à isoler et identifier la molécule cible, là où les instruments génèrent facilement de faux positifs ou saturent.

Ce que ça change sur le terrain : Même dans des environnements très complexes et chargés en odeurs parasites (pollutions, nourriture, poussières), le système olfactif du chien reste l'outil le plus précis pour discriminer une source. N’ayez pas peur de vous y confronter !

En conclusion : la théorie nous sert en pratique !

Comprendre la chimie des odeurs change notre regard pendant la recherche : le chien ne cherche pas une trajectoire théorique, il traite la réalité physique des molécules présentes à l'instant T. Il compose avec la volatilité de la matière, la température, les surfaces du sol, les flux d’air…

Comme le rappelle Dr. Lauryn DeGreeff : faites confiance à votre chien, l'odeur suit des lois physiques souvent bien plus complexes que ce que l'on imagine !


🎧 Pour écouter l'épisode complet

Pour écouter l'échange original en anglais (environ 20 minutes), vous pouvez retrouver l'épisode via ce lien :

👉 Podcast HITS K9 Radio — Épisode avec la Dre Lauryn DeGreeff (Conférence HITS Chicago).



🎓 Pour aller plus loin : les webinaires disponibles

Sur la plateforme Muzo+ :

Pour approfondir vos connaissance sur la diffusion et le comportement des odeurs-cibles en nosework :

Pour mieux choisir et manipuler ses sources et le matériel de nosework :

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